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Piscines publiques & Territoires

À Grasse, la piscine Harjès mise sur la sobriété énergétique

La piscine Harjès de Grasse expérimente une équation devenue centrale pour les collectivités : maintenir une eau saine et confortable tout en consommant moins d’eau et de gaz. Récupération de chaleur, température ajustée, subventions : ce que révèle ce projet pour les piscines publiques.

Local technique d'une piscine publique avec canalisations isolées et échangeur de récupération de chaleur
Local technique d'une piscine publique avec canalisations isolées et échangeur de récupération de chaleur — Illustration générée par IA pour Piscine.fm

L’essentiel

  • À Grasse, la piscine Harjès récupère la chaleur de l’eau évacuée pour préchauffer l’eau neuve, sans mélanger les deux circuits.
  • La CAPG annonce 148 MWh de gaz économisés par an, soit 22 % de consommation en moins, et 34 tonnes de CO₂ évitées.
  • Le nouveau système permettrait aussi d’économiser 750 000 litres d’eau par an, sur environ 1,7 million de litres renouvelés auparavant.
  • Baisser la température d’un degré aurait réduit de 7 % la facture énergétique annuelle de l’établissement, selon la collectivité.
  • En piscine publique, économie d’eau et d’énergie ne permettent jamais de déroger aux obligations de filtration, désinfection et renouvellement sanitaire.

À Grasse, une rénovation discrète mais très concrète

La Communauté d’agglomération du Pays de Grasse (CAPG) a engagé à la piscine municipale Harjès un dispositif destiné à réduire les consommations d’eau et de gaz. Cet équipement historique, ouvert en 1984, accueille environ 57 000 usagers par an, selon les données communiquées lors de l’opération. À cette échelle de fréquentation, chaque mètre cube d’eau renouvelé entraîne aussi une dépense de chauffage, de traitement et de fonctionnement.

Le principe installé est double : mieux piloter le renouvellement de l’eau et récupérer une partie de la chaleur contenue dans l’eau qui quitte le circuit. La CAPG indique avoir également abaissé la température du bassin d’un degré. Ce réglage aurait représenté, à lui seul, 7 % d’économies sur la facture énergétique annuelle.

Cette démarche ne consiste donc pas à diminuer les exigences sanitaires. Dans une piscine publique, l’eau est filtrée, désinfectée, contrôlée et renouvelée selon un cadre réglementaire strict. L’enjeu est de ne plus laisser partir à l’égout des calories encore utiles, puis de limiter l’énergie nécessaire pour remettre l’eau neuve à température de baignade.

1,7 million

de litres d’eau renouvelés chaque année avant l’opération, selon la CAPG

148 MWh

d’énergie économisés par an annoncés

22 %

de baisse de consommation de gaz annoncée

34 tonnes

d’émissions de CO₂ évitées chaque année annoncées

Récupérer les calories de l’eau renouvelée : le mécanisme

Dans un centre aquatique, une part de l’eau du bassin doit être évacuée et remplacée régulièrement. Cette eau sortante n’est plus destinée à la baignade, mais elle reste chaude : à Harjès, la CAPG évoque une eau à 29 °C. L’envoyer directement à l’évacuation revient à perdre l’énergie qui a servi à la chauffer.

Le nouvel équipement comprend un échangeur thermique, présenté comme un échangeur Axone. Son rôle est de faire circuler, sans les mélanger, deux flux d’eau séparés par une paroi : l’eau chaude évacuée d’un côté, l’eau froide neuve de l’autre. La première cède une partie de sa chaleur à la seconde. L’eau de remplissage arrive ainsi déjà préchauffée avant sa prise en charge par l’installation de chauffage.

La chaleur récupérée ne remplace pas nécessairement toute la production de chaleur du site. Elle réduit surtout l’écart de température que doit compenser la chaudière ou un autre générateur. Plus l’eau neuve est froide, plus le gain potentiel est élevé ; le résultat dépend aussi du débit de renouvellement, de la température de consigne du bassin, de l’état de l’échangeur et de la qualité du pilotage.

Un principe sanitaire, pas du recyclage d’eau usée

Dans un échangeur correctement conçu, l’eau évacuée et l’eau de remplissage restent séparées. Seule la chaleur passe d’un circuit à l’autre. L’eau sortante ne revient donc pas dans le bassin et les obligations de renouvellement, de filtration et de désinfection demeurent inchangées.

Les résultats annoncés pour la piscine Harjès

Selon la CAPG, le programme permettrait d’économiser 750 000 litres d’eau par an et de réduire de 22 % la consommation annuelle de gaz, soit 148 MWh. La collectivité chiffre le gain énergétique à environ 12 580 euros annuels et l’économie globale à plus de 15 000 euros par an.

Ces résultats doivent être lus comme des données d’exploitation propres à Harjès : ils ne peuvent pas être transposés tels quels à n’importe quel bassin. La fréquentation, le volume des bassins, les températures d’eau et d’air, le climat local, le mode de chauffage et le prix des énergies modifient fortement le bilan. Ils donnent toutefois un ordre de grandeur utile : dans une piscine municipale, l’eau et l’énergie forment un même poste de décision.

Les principaux repères communiqués pour le projet de Grasse
IndicateurDonnée annoncéeCe qu’il faut comprendre
Fréquentation annuelleEnviron 57 000 usagersUn niveau de fréquentation qui pèse sur les besoins de renouvellement, de chauffage et de traitement.
Renouvellement annuel initialEnviron 1,7 million de litresUne eau dont le chauffage représente une dépense significative.
Économie d’eau annoncée750 000 litres par anUn résultat attribué au nouveau système de renouvellement installé sur le site.
Réduction de gaz annoncée22 %, soit 148 MWh par anLe bénéfice associé notamment au préchauffage de l’eau neuve.
Investissement92 280 eurosMontant annoncé pour l’opération ; 62 % auraient été couverts par l’État et les certificats d’économies d’énergie.
Reste financé par la CAPG35 030 eurosMontant communiqué par la collectivité après les aides annoncées.

Abaisser la température ou récupérer la chaleur : deux leviers complémentaires

Le degré abaissé à Harjès et l’échangeur ne répondent pas tout à fait au même problème. Le premier agit sur le besoin total de chaleur du bassin ; le second valorise une énergie qui serait autrement perdue. Les associer est cohérent, à condition de préserver le confort des publics et l’usage sportif de l’équipement.

Ce que ça apporte

  • Abaisser la consigne réduit immédiatement les déperditions du bassin et le besoin de chauffage, sans travaux lourds.
  • Récupérer la chaleur valorise un flux d’eau qui doit de toute façon être évacué dans le cadre de l’exploitation.
  • Les deux mesures font baisser les dépenses et l’empreinte carbone sans rogner sur le traitement sanitaire de l’eau.

Ce que ça coûte

  • Une température plus basse doit rester compatible avec l’apprentissage, les activités encadrées, les personnes fragiles et les attentes des usagers.
  • Un échangeur exige un investissement, un espace technique adapté, des réseaux accessibles et une maintenance suivie.
  • Les gains varient avec les horaires, la fréquentation, la saison, le rendement réel de l’installation et le prix des énergies.

Le piège : confondre sobriété et baisse de qualité

Réduire la consommation d’une piscine publique ne signifie ni espacer les contrôles ni réduire arbitrairement le renouvellement réglementaire. Une économie durable s’obtient d’abord en supprimant les pertes : chaleur des eaux évacuées, fuites, surchauffe, filtration mal réglée ou équipements vieillissants.

Le renouvellement de l’eau reste une obligation sanitaire

Une piscine collective ne fonctionne pas comme un bassin privé. L’eau y est soumise à une charge de baigneurs élevée, à des apports de matières organiques et à des contraintes d’exploitation quotidiennes. Le renouvellement, la filtration, la désinfection et les contrôles sanitaires sont encadrés par l’arrêté du 7 avril 1981 relatif aux dispositions techniques applicables aux piscines, modifié à plusieurs reprises.

Les exploitants doivent notamment adapter le renouvellement aux conditions réelles de fréquentation et aux caractéristiques de leurs installations. Le dispositif de Grasse ne dispense donc pas de ces exigences : il vise à rendre le cycle imposé moins énergivore. C’est une distinction essentielle pour évaluer les promesses environnementales d’un projet aquatique.

Pour le public, la bonne question n’est pas seulement « combien d’eau économise-t-on ? », mais aussi : l’eau est-elle bien contrôlée, la température est-elle adaptée aux usages, et le système maintient-il ses performances dans le temps ? Une installation vertueuse est une installation dont l’hygiène, le confort et les dépenses sont suivis ensemble.

Comment une collectivité peut préparer un projet similaire

La récupération de chaleur sur les eaux renouvelées est particulièrement pertinente lors d’une rénovation de chaufferie, d’un remplacement de réseaux ou de la création d’un centre aquatique. Poser un échangeur sans diagnostic préalable peut conduire à un équipement mal dimensionné, difficile à entretenir ou incapable de produire les économies attendues.

  1. Mesurer les consommations réelles. Relever séparément les volumes d’eau, le gaz ou l’électricité, les températures d’eau et d’air, ainsi que la fréquentation. Sans historique, il est impossible de vérifier le gain après travaux.
  2. Cartographier les flux d’eau. Identifier les points de renouvellement, de rejet et d’arrivée d’eau neuve, leurs débits et leurs températures. C’est ce qui détermine le potentiel récupérable.
  3. Dimensionner avec les scénarios de fréquentation. Un équipement doit être calculé pour l’usage réel du bassin, et non seulement pour une journée théorique ou une puissance de chaudière existante.
  4. Prévoir la maintenance dès le marché. Les échangeurs doivent rester accessibles pour les contrôles, le détartrage si nécessaire et le suivi de leurs performances thermiques.
  5. Comparer le gain prévu au gain mesuré. Après une saison complète, rapporter les consommations à la fréquentation et aux conditions climatiques permet de distinguer l’effet des travaux de celui des usages.

Financement : l’investissement se juge sur le coût global

À Grasse, l’opération a représenté 92 280 euros d’investissement selon la CAPG. La collectivité indique que 62 % ont été subventionnés par l’État et par le mécanisme des certificats d’économies d’énergie (CEE), ramenant son financement à 35 030 euros. Rapporté aux économies globales annoncées de plus de 15 000 euros par an, le retour sur le montant restant à charge peut sembler rapide. Il doit néanmoins intégrer les frais de maintenance, la durée de vie de l’équipement et l’évolution des tarifs de l’énergie.

Pour une commune, raisonner uniquement sur le prix d’achat d’un échangeur est insuffisant. Le bon calcul réunit le coût des travaux, les aides obtenues, la baisse prévisible des consommations, les coûts d’entretien et le service rendu aux habitants. Les CEE peuvent contribuer au financement de certains travaux de performance énergétique, mais leur éligibilité et leur montant doivent être vérifiés projet par projet avant tout engagement.

Le repère budgétaire à retenir

Un gain de chaleur est d’autant plus précieux qu’il évite simultanément de chauffer de l’eau neuve et d’évacuer une eau encore chaude. Dans un centre aquatique, le retour sur investissement dépend moins d’un appareil isolé que de l’ensemble formé par les réseaux, le chauffage, la fréquentation et la conduite quotidienne.

Une piste pour les futurs équipements du territoire

La CAPG indiquait que la solution déployée à Harjès pourrait aussi servir à d’autres installations, notamment au futur centre nautique Altitude 500, alors annoncé pour une ouverture en 2026. Ce projet devait intégrer d’autres sources d’énergie, avec des chaudières à bois et du solaire thermique.

Cette approche illustre une évolution de fond dans les piscines publiques : plutôt que de chercher une technologie unique, les collectivités combinent sobriété de température, récupération de chaleur, production renouvelable, couverture des bassins lorsque l’usage le permet et pilotage plus fin des équipements. La piscine de demain restera énergivore par nature, car elle doit chauffer, filtrer et garantir une eau saine. Mais elle peut devenir beaucoup moins gaspilleuse si chaque flux d’eau et chaque calorie sont considérés comme une ressource à gérer.

Questions fréquentes

Comment fonctionne la récupération de chaleur dans une piscine publique ?

Un échangeur thermique met en regard, de part et d’autre d’une paroi, l’eau chaude destinée à être évacuée et l’eau neuve froide. La chaleur passe vers l’eau de remplissage, mais les eaux ne se mélangent pas. Le chauffage du centre aquatique a donc moins d’énergie à fournir pour amener l’eau neuve à la température souhaitée.

Une piscine municipale peut-elle réduire le renouvellement de son eau ?

Elle ne peut pas diminuer librement ce renouvellement pour réaliser des économies. Les piscines collectives sont soumises à des règles sanitaires portant sur la qualité de l’eau, sa filtration, sa désinfection et son renouvellement. Un projet performant réduit les pertes et optimise les débits autorisés, sans affaiblir les exigences d’hygiène ni les contrôles.

Baisser la température d’une piscine fait-il vraiment économiser de l’énergie ?

Oui, car un bassin plus chaud perd davantage de chaleur vers l’air, les parois et l’eau de renouvellement. L’économie réelle dépend du volume du bassin, de la température initiale, de l’air ambiant, de la fréquentation et de la qualité de l’enveloppe du bâtiment. À Harjès, la CAPG attribue 7 % d’économie énergétique annuelle à une baisse d’un degré.

Quel est le coût d’un récupérateur de chaleur pour centre aquatique ?

Il n’existe pas de prix universel : le montant dépend du débit d’eau, des réseaux existants, du génie civil, de l’accessibilité technique, de la régulation et des travaux de raccordement. À Grasse, l’opération complète a coûté 92 280 euros selon la CAPG, dont 62 % auraient été financés par des aides de l’État et des certificats d’économies d’énergie.

Quelles solutions réduisent le plus la facture énergétique d’une piscine publique ?

Les gains les plus solides viennent généralement d’un bouquet de mesures : température adaptée aux usages, récupération de chaleur, régulation du chauffage et de la ventilation, entretien des filtres et réseaux, réduction des fuites, couverture des bassins lorsque cela est compatible avec l’exploitation, et recours à des énergies renouvelables. Un suivi régulier des consommations par usager permet de prioriser les investissements.

La rédaction de Piscine.fm

Journalistes et spécialistes de l'univers de la piscine, nous vérifions chaque chiffre, chaque norme et chaque protocole avant publication.