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La Redoute à La Piscine : un bassin devenu musée du design

À Roubaix, l’exposition consacrée à La Redoute prend place au musée La Piscine, ancienne piscine municipale. Au-delà des catalogues et des collaborations de mode, ce cadre singulier interroge la reconversion des bassins : préserver l’architecture, changer les usages et maintenir un lieu vivant.

Ancien bassin Art déco du musée La Piscine de Roubaix éclairé par une verrière et aménagé en galerie
Ancien bassin Art déco du musée La Piscine de Roubaix éclairé par une verrière et aménagé en galerie — Illustration générée par IA pour Piscine.fm

L’essentiel

  • L’exposition La Redoute, un temps d’avance. Mode, design, publicité s’inscrit dans le décor du musée La Piscine, ancienne piscine municipale de Roubaix.
  • Le catalogue La Redoute, diffusé à plus de 8 millions d’exemplaires à son apogée, a été un média de masse autant qu’un outil de vente.
  • Les célébrités mobilisées dans les années 1960 préfigurent la logique d’influence actuelle, sans se confondre avec les créateurs de contenu des réseaux sociaux.
  • Depuis 1969, La Redoute a mené plus de 150 collaborations, dont certaines avec Christian Lacroix et Sonia Rykiel.
  • La reconversion d’une piscine en lieu culturel préserve un patrimoine, mais doit toujours être comparée aux besoins locaux d’apprentissage et de pratique de la nage.

La Redoute dans l’écrin singulier de La Piscine

À Roubaix, l’exposition La Redoute, un temps d’avance. Mode, design, publicité replace près de deux siècles d’histoire commerciale et visuelle dans un décor qui fait lui-même partie du récit : celui du musée La Piscine, aménagé dans une ancienne piscine municipale de style Art déco. Entre les anciens volumes du bassin, la lumière naturelle et les collections de design, l’association est moins incongrue qu’elle n’y paraît.

La Redoute est née en 1837 comme filature familiale de laine, fondée par Joseph Pollet, avant de devenir une figure majeure de la vente par correspondance puis de se transformer avec le commerce numérique. L’exposition permet de lire cette trajectoire par les objets, les pages de catalogues, les campagnes de publicité et les collaborations créatives. Le catalogue, tiré à plus de 8 millions d’exemplaires à son apogée, n’était pas seulement un support de commande : il entrait dans les foyers, imposait des images et contribuait à diffuser des styles jusque loin des grandes villes.

Le lieu ajoute une seconde lecture. Une piscine municipale n’est pas un simple bâtiment technique : c’est un espace de santé, d’apprentissage, de sport et de sociabilité. Quand elle devient musée, sa fonction change, mais son architecture continue d’organiser l’expérience des visiteurs. La nef, les circulations, les perspectives et la présence de l’eau ou de sa mémoire matérielle donnent à voir le patrimoine autrement qu’une galerie aux murs neutres.

1837

naissance de La Redoute comme filature

1928

année du premier catalogue

1968

lancement de la carte Kangourou

150+

collaborations menées depuis 1969

Un musée très fréquenté

Sylvette Lepers, directrice des partenariats créateurs et de l’image de La Redoute, évoque près de 300 000 visiteurs pour le musée La Piscine en 2025. Cette fréquentation illustre la force d’attraction d’un équipement culturel dont l’architecture compte autant que les œuvres présentées.

Du fil de laine au catalogue : les repères à avoir en tête

Le parcours de La Redoute éclaire une évolution plus large : celle de l’accès aux biens de consommation. La vente par correspondance a réduit l’effet de la distance entre les centres de création, les grands magasins et les ménages installés hors des grandes agglomérations. Le catalogue proposait à la fois un choix de produits, un mode d’achat et un imaginaire domestique, de la garde-robe à l’ameublement.

Les jalons qui structurent l’histoire présentée à Roubaix
RepèreCe qu’il révèlePourquoi cela compte aujourd’hui
1837Création d’une filature familiale de laine par Joseph Pollet.L’origine industrielle rappelle l’ancrage textile de Roubaix et de sa région.
1928Conception du premier catalogue de l’enseigne.Le catalogue devient un média de masse avant l’essor de la publicité audiovisuelle.
Années 1960Des personnalités sont mobilisées pour porter les collections.La prescription par l’image précède les usages contemporains des réseaux sociaux.
1968Lancement de la carte Kangourou et du paiement à crédit.Le modèle commercial évolue aussi par les solutions de paiement.
Depuis 1969Plus de 150 collaborations avec des créateurs sont menées.La création devient un levier pour rendre le design et la mode plus accessibles.
À son apogéeLe catalogue est distribué à plus de 8 millions d’exemplaires.Son influence repose sur une diffusion nationale exceptionnelle.

Les collaborations avec des créateurs tels que Christian Lacroix ou Sonia Rykiel montrent cette volonté de faire circuler des signatures reconnues dans un cadre de grande diffusion. Le smoking d’Yves Saint Laurent, proposé en exclusivité par La Redoute, figure parmi les objets qui résument cette rencontre entre désir de mode, fabrication industrielle et accès élargi au produit.

Les « premières influenceuses » : une formule à remettre dans son contexte

L’expression est séduisante, à condition de ne pas la prendre au pied de la lettre. Les célébrités présentes dans les pages de La Redoute à partir des années 1960 ne publiaient évidemment pas de contenus personnels sur une plateforme numérique. Elles participaient toutefois à un mécanisme que les réseaux sociaux ont amplifié : associer un produit à une personnalité connue pour lui donner de la visibilité, une valeur de désir et un contexte d’usage.

Le catalogue agissait comme un média complet. Il combinait mise en scène des vêtements, conseils implicites de style, récits saisonniers et possibilité d’achat immédiat par correspondance. Cette proximité entre contenu éditorial, publicité et transaction est au cœur des pratiques de commerce actuelles, même si les supports ont radicalement changé.

Ce que permet le catalogue incarné

  • Donner une silhouette, un usage et une histoire aux produits proposés.
  • Faire connaître des créateurs et des tendances à grande échelle.
  • Installer une relation régulière avec les foyers grâce à un rendez-vous imprimé.

Ce qui le distingue des réseaux sociaux

  • Une communication descendante, sans échange instantané avec le public.
  • Un rythme de publication lent, lié à l’impression et à la distribution.
  • Une mesure de l’impact moins immédiate que les indicateurs numériques actuels.

La bonne grille de lecture

Face aux archives publicitaires, il est utile d’observer autant ce qui est vendu que la manière de le vendre : qui est représenté, quels intérieurs sont montrés, quels gestes du quotidien sont valorisés et à quel public l’image semble s’adresser.

Pourquoi les anciennes piscines se prêtent à une seconde vie culturelle

La reconversion d’un établissement aquatique en musée repose souvent sur une qualité rare : les piscines construites au début du XXe siècle possèdent des volumes généreux, une lumière zénithale et une forte identité décorative. Carrelages, verrières, galeries, cabines et bassins composent déjà une architecture de parcours. À La Piscine, ces caractéristiques ne sont pas effacées ; elles deviennent une partie active de la visite.

Cette transformation est exigeante. Une ancienne piscine doit être analysée comme un bâtiment patrimonial, avec ses contraintes d’étanchéité, de ventilation, de structure et d’accessibilité. Il faut aussi adapter les espaces aux besoins d’un musée : protection des collections, régulation du climat intérieur, sécurité du public, réserves, accueil et médiation. Réussir une reconversion ne consiste donc pas à conserver un décor ; il s’agit de rendre un bâtiment ancien compatible avec un usage quotidien durable.

Préserver une mémoire sans masquer le changement d’usage

Le principal intérêt d’un lieu comme La Piscine tient à cette tension assumée. Le visiteur sait qu’il se trouve dans un ancien équipement de baignade, mais il n’attend plus de lignes d’eau ni de vestiaires fonctionnels. L’architecture conserve la mémoire de l’activité physique et collective qui s’y déroulait, tandis que les œuvres et les expositions créent un nouvel usage public.

Une reconversion ne remplace pas automatiquement un bassin

Transformer une piscine en équipement culturel peut sauver un bâtiment remarquable, mais cela retire aussi, pour ce site précis, une capacité de baignade. Avant toute décision, une collectivité doit examiner les besoins en apprentissage de la nage, en créneaux scolaires, en pratique sportive et en accès de proximité sur l’ensemble du territoire.

Ce que les collectivités peuvent retenir de ce modèle

La question ne se pose pas de la même façon pour chaque piscine vieillissante. Un bassin peut nécessiter une rénovation lourde tout en restant indispensable à l’apprentissage de la natation. À l’inverse, un équipement ancien, fermé depuis longtemps ou devenu inadapté à la baignade peut porter un potentiel patrimonial et culturel exceptionnel. La pertinence d’une reconversion dépend d’abord de l’offre aquatique disponible autour du site et de l’état réel du bâtiment.

Les cinq vérifications avant de changer la destination d’une piscine

  1. Mesurer le besoin de baignade. Recenser les créneaux scolaires, associatifs, sportifs et grand public, puis vérifier les capacités réellement accessibles dans les bassins voisins.
  2. Diagnostiquer le bâti. Évaluer l’état des structures, de la toiture, des façades, des réseaux et des éléments remarquables à préserver.
  3. Comparer plusieurs scénarios. Mettre face à face une rénovation aquatique, une démolition-reconstruction, une reconversion partielle ou un nouvel usage complet.
  4. Prévoir l’exploitation, pas seulement les travaux. Un musée, une salle culturelle ou un tiers-lieu exige des équipes, une programmation, des dépenses d’énergie et un modèle de fréquentation.
  5. Associer les usagers. Clubs, écoles, riverains et acteurs culturels n’ont pas les mêmes attentes ; les entendre tôt évite de traiter la consultation comme une formalité.

Le cas roubaisien montre qu’un ancien lieu de baignade peut devenir une destination culturelle reconnue, à condition que la nouvelle fonction exploite réellement les qualités du bâtiment. Le succès ne tient pas au seul prestige architectural : il vient de la cohérence entre un site, des collections, des expositions temporaires et un public.

Préparer une visite qui relie mode, design et patrimoine aquatique

L’exposition se visite idéalement en tenant ensemble ses deux récits. D’un côté, La Redoute raconte l’évolution de la vente par correspondance, de la publicité et des collaborations de créateurs. De l’autre, le musée rappelle l’histoire des équipements publics conçus pour faire entrer l’hygiène, le sport et les loisirs aquatiques dans la vie urbaine.

Avant un déplacement, il est prudent de consulter la programmation et les conditions d’accès du musée : les dates d’une exposition temporaire, les horaires, les tarifs, les dispositifs de médiation et l’accessibilité peuvent évoluer. Sur place, prendre le temps d’alterner entre les vitrines, les images imprimées et l’observation du bâtiment permet de comprendre ce qui fait la singularité de La Piscine : un lieu où l’ancien bassin ne sert plus à nager, mais continue de faire circuler les regards.

Questions fréquentes

Le musée La Piscine de Roubaix était-il vraiment une piscine municipale ?

Oui. Le musée La Piscine occupe une ancienne piscine municipale de style Art déco. Sa reconversion conserve la force architecturale du site, notamment ses volumes, ses perspectives et sa lumière naturelle, tout en lui donnant une fonction muséale. Le bâtiment ne fonctionne donc plus comme un établissement de baignade ouvert au public.

Peut-on encore nager au musée La Piscine de Roubaix ?

Non. La Piscine est aujourd’hui un musée et non un centre aquatique. L’intérêt du lieu réside précisément dans la conservation et la réinterprétation de l’architecture d’un ancien équipement de baignade. Pour nager, il faut se tourner vers les piscines publiques et centres aquatiques en activité sur le territoire roubaisien et métropolitain.

Pourquoi parle-t-on des premières influenceuses de La Redoute ?

La formule désigne, de manière rétrospective, les personnalités et célébrités mises en avant dans les catalogues à partir des années 1960. Elles contribuaient à rendre les collections désirables auprès du public. Le principe est proche de l’influence actuelle, mais le support était imprimé, sans interaction directe ni publication personnelle en ligne.

Qu’est-ce que l’exposition La Redoute montre concrètement ?

Le parcours réunit notamment des catalogues historiques, des campagnes publicitaires, des pièces de mode et des créations liées aux collaborations de l’enseigne. Il permet de suivre le passage d’une filature fondée en 1837 à la vente par correspondance, puis à l’adaptation de La Redoute aux nouveaux modes de consommation et de communication.

Transformer une ancienne piscine en musée est-il toujours une bonne idée ?

Non, pas systématiquement. Une reconversion culturelle peut être pertinente si le bâtiment possède une valeur patrimoniale forte et si les besoins de baignade sont déjà couverts à proximité. La collectivité doit cependant comparer cette option avec une rénovation aquatique, car fermer un bassin peut réduire les créneaux scolaires, sportifs et grand public disponibles.

La rédaction de Piscine.fm

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