Piscines publiques & Territoires
Roanne : horaires élargis au Nauticum, le vrai défi énergétique
À Roanne, le Nauticum a rétabli son ouverture dominicale et élargi son accueil après une phase de sobriété énergétique. Au-delà du cas local, cette décision éclaire les arbitrages des piscines publiques : horaires, confort thermique, maîtrise des dépenses et accès à la nage.
L’essentiel
- À l’automne 2024, le Nauticum de Roanne annonçait le retour d’une ouverture le dimanche, de 8 h à 12 h 45, après une phase de sobriété énergétique.
- Avec près de 1 400 m² de baignade et six bassins, le Nauticum illustre pourquoi les horaires ne suffisent pas à juger une consommation : eau, air et ventilation comptent.
- La baisse annoncée d’un degré des températures d’eau et d’air est un levier utile contre les pertes thermiques, à condition de mesurer le confort et l’humidité.
- Pour arbitrer les horaires, l’indicateur le plus parlant est le kWh par entrée, suivi avec la fréquentation, la météo et les températures du bâtiment.
À Roanne, le retour du dimanche au Nauticum
À l’automne 2024, le centre aquatique Nauticum de Roanne est sorti du cadre de sobriété énergétique qui limitait son fonctionnement. L’évolution la plus visible pour les usagers était le retour d’une ouverture dominicale, annoncée de 8 heures à 12 h 45. Selon les éléments communiqués alors, l’équipement retrouvait cette amplitude grâce à des conditions jugées plus favorables sur les coûts des fluides.
Le Nauticum n’est pas un petit bassin de proximité : il compte six bassins pour près de 1 400 m² de surface de baignade. À cette échelle, ouvrir quelques heures supplémentaires ne consiste pas simplement à allumer les lumières et à mobiliser les équipes. La qualité de l’eau, le renouvellement d’air, le chauffage, la déshumidification, la surveillance et l’accueil doivent fonctionner à un niveau compatible avec la fréquentation.
La décision roannaise illustre surtout une réalité souvent mal comprise : la sobriété d’une piscine publique n’est pas un interrupteur entre « ouvert » et « fermé ». C’est un ensemble d’arbitrages qui doivent préserver à la fois l’accès à la natation, le confort des publics fragiles, l’équilibre budgétaire de la collectivité et la réduction durable des consommations.
1 400 m²
de surface de baignade annoncée
6
bassins au Nauticum
4 h 45
d’ouverture dominicale annoncée
– 1 °C
sur l’eau et l’air par rapport à l’année précédente
Ce que les horaires élargis changent réellement
Une piscine couverte consomme une part importante de son énergie même en dehors des créneaux publics. L’eau doit rester traitée et brassée, les installations techniques surveillées et le bâtiment maintenu dans des conditions qui évitent condensation, dégradation des matériaux et inconfort. En revanche, recevoir davantage de nageurs ajoute des besoins : éclairage des espaces ouverts, personnel d’accueil et de surveillance, douches, ventilation adaptée à l’occupation et nettoyage renforcé.
L’effet d’une ouverture supplémentaire dépend donc moins de sa seule durée que du nombre d’entrées qu’elle génère, de la température extérieure, de la configuration des halls et de la programmation technique. Un créneau dominical très fréquenté peut améliorer l’utilité sociale d’un équipement dont une partie des dépenses est déjà fixe. À l’inverse, une plage peu utilisée peut coûter cher par usager accueilli.
| Élément | Annonce à l’automne 2024 | Indicateur utile pour la collectivité |
|---|---|---|
| Ouverture dominicale | De 8 h à 12 h 45 | Nombre d’entrées par heure et coût énergétique par entrée sur ce créneau |
| Dimension de l’équipement | Près de 1 400 m² de baignade, six bassins | Consommations à rapporter aux usages de chaque bassin, pas à un seul total |
| Réglages thermiques | Températures de l’eau et de l’air abaissées d’un degré par rapport à l’année précédente | Évolution des kilowattheures, de l’humidité et du ressenti des usagers |
| Sortie du plan de sobriété | Restrictions d’horaires levées selon les responsables locaux | Comparaison mensuelle avec les périodes précédentes, à météo et fréquentation comparables |
Un horaire n’est pas un bilan énergétique
Comparer seulement les heures d’ouverture peut conduire à une mauvaise conclusion. Pour apprécier l’effet d’une décision, il faut suivre en parallèle les kWh consommés, la fréquentation, les températures de l’eau et de l’air, le taux d’humidité ainsi que la météo extérieure.
Pourquoi le chauffage n’est qu’une partie de l’équation
Dans un centre aquatique couvert, l’énergie sert principalement à maintenir la température de l’eau, chauffer l’air des halls, renouveler et déshumidifier cet air, faire circuler l’eau dans les systèmes de filtration et alimenter les équipements du site. Les pertes par évaporation sont particulièrement structurantes : une eau chaude au contact d’un air plus frais et plus sec évapore davantage. Cette vapeur doit ensuite être extraite ou traitée pour éviter buée, moisissures et corrosion.
Le défi ne se réduit donc pas à baisser le thermostat. Une eau trop fraîche décourage certains publics, notamment les jeunes enfants, les personnes âgées, les usagers en rééducation ou les participants à des activités douces. Un air trop froid, ou au contraire une ambiance excessivement humide, dégrade également le confort. Les températures attendues varient en outre selon les usages : un bassin de nage active n’appelle pas les mêmes réglages qu’un bassin d’apprentissage ou d’animation.
La baisse d’un degré annoncée à Roanne constitue néanmoins un levier réel. Dans un bâtiment aquatique, chaque degré évité réduit les écarts thermiques et donc les déperditions. Le gain exact ne peut pas être déduit d’une règle universelle : il dépend notamment du volume d’eau, de l’isolation, des baies vitrées, de la couverture nocturne des bassins, de la ventilation et des températures extérieures. Le suivi doit alors vérifier que l’économie obtenue ne se traduit ni par une baisse de fréquentation ni par une dégradation du confort.
Concilier accueil du public et maîtrise des consommations
L’opposition entre service public et sobriété est souvent caricaturale. L’enjeu pertinent est de proposer les créneaux les plus utiles tout en évitant de faire fonctionner inutilement les installations les plus énergivores. Les plages du dimanche, du soir ou des vacances scolaires peuvent répondre à des besoins réels de familles et de nageurs qui ne peuvent venir en journée ; leur maintien mérite d’être examiné à partir de données de fréquentation, pas seulement d’un principe.
Ce qu’apporte une ouverture plus large
- Un accès facilité à la nage libre et aux loisirs aquatiques pour les actifs et les familles.
- Une meilleure continuité des activités d’apprentissage, d’aquagym ou de pratique santé.
- Une fréquentation potentiellement mieux répartie sur la semaine, avec moins de saturation sur certains créneaux.
- Une utilité sociale accrue d’un équipement financé en grande partie par la collectivité.
Ce que cela exige de maîtriser
- Des coûts supplémentaires de personnel, d’accueil, de nettoyage et de surveillance.
- Une hausse possible de l’énergie et de l’eau, surtout si le créneau est peu fréquenté.
- Une programmation plus fine de la ventilation, de l’éclairage et des locaux annexes.
- Un contrôle sanitaire qui ne peut jamais être allégé au motif de la sobriété.
Une gestion performante repose aussi sur le bon usage des espaces. Fermer temporairement un bassin peu fréquenté, réserver certains créneaux à des activités compatibles, adapter l’éclairage aux zones occupées ou piloter la ventilation selon l’humidité mesurée sont souvent plus pertinents qu’une baisse uniforme appliquée à tout le site. Ces décisions supposent toutefois un équipement technique bien entretenu et des compteurs permettant de comprendre où part l’énergie.
Le piège de la baisse uniforme
Réduire indistinctement la température de tous les bassins peut pénaliser les activités les plus sensibles au confort thermique sans viser les vraies sources de gaspillage. Les réglages doivent être différenciés selon les bassins, les horaires et les usages, tout en restant compatibles avec la qualité sanitaire et le cahier des charges du site.
Les cinq indicateurs à publier et à suivre
Pour une collectivité, la transparence ne consiste pas nécessairement à divulguer chaque facture. En revanche, quelques données suivies mois après mois rendent les choix d’horaires et de températures compréhensibles. Le ratio le plus éclairant est souvent le kilowattheure par entrée, complété par la consommation totale : une baisse de kWh qui résulterait simplement d’une fermeture importante ne dit rien, à elle seule, de l’efficacité du service rendu.
- Mesurer par usage. Distinguer autant que possible chauffage, ventilation-déshumidification, filtration et autres consommations électriques. Un compteur général ne suffit pas à cibler les actions efficaces.
- Suivre la fréquentation horaire. Comptabiliser les entrées par créneau, par activité et par bassin permet de repérer les plages réellement utiles et celles qui demandent une adaptation.
- Corriger l’effet de la météo. Comparer un mois de grand froid avec un mois doux n’a pas de sens sans tenir compte des températures extérieures et de la période scolaire.
- Contrôler le confort et l’humidité. Les relevés de température de l’eau, de l’air et d’hygrométrie doivent être rapprochés des retours des usagers et des équipes.
- Décider sur une période assez longue. Une saison complète, ou au minimum plusieurs mois comparables, évite de tirer des conclusions hâtives après quelques dimanches.
Ces indicateurs peuvent aussi éclairer les investissements. Une couverture thermique utilisée hors exploitation, la récupération de chaleur sur l’air extrait, le renouvellement d’une centrale de traitement d’air, l’amélioration de la régulation ou l’isolation de réseaux de distribution peuvent réduire durablement les besoins. Leur intérêt doit être évalué au cas par cas, car un centre ancien, très vitré ou doté de nombreux bassins n’a pas le même profil qu’une piscine plus compacte.
La qualité de l’eau et la sécurité ne sont pas des variables d’ajustement
Élargir ou réduire les horaires ne modifie pas l’obligation fondamentale d’assurer une eau conforme et une surveillance adaptée au public reçu. La filtration, le renouvellement de l’eau et le traitement désinfectant répondent à des impératifs sanitaires ; ils ne peuvent être réduits de manière arbitraire pour compenser une facture énergétique. Les contrôles et procédures propres aux piscines ouvertes au public restent donc indépendants de la stratégie de sobriété.
Une piscine publique relève de règles spécifiques
Les quatre dispositifs de sécurité prévus pour certaines piscines privées enterrées ne constituent pas le cadre d’exploitation d’un centre aquatique public. Celui-ci doit organiser la surveillance, l’hygiène, les procédures d’évacuation et l’accueil des usagers selon les règles applicables aux établissements ouverts au public.
Pour les nageurs, la meilleure information reste très concrète : horaires réellement ouverts, bassins accessibles, créneaux réservés aux clubs ou aux scolaires, température indicative lorsqu’elle est communiquée et conditions d’accès. Une communication claire évite les déplacements inutiles et aide les habitants à utiliser davantage un équipement dont le coût de fonctionnement est largement mutualisé.
Ce que l’expérience roannaise peut apprendre aux autres territoires
Le cas du Nauticum rappelle qu’une stratégie énergétique ne se juge pas à l’aune d’une seule décision, comme l’ouverture du dimanche. À Roanne, le rétablissement des horaires s’est accompagné, d’après l’annonce de 2024, de températures abaissées d’un degré par rapport à l’année précédente. Cette combinaison est plus instructive qu’un retour pur et simple au fonctionnement antérieur : elle cherche à restaurer l’accès au bassin tout en conservant un levier de modération.
Pour les autres centres aquatiques, l’approche la plus robuste consiste à fixer un niveau de service clair, à mesurer les consommations par poste, puis à tester des ajustements réversibles. Le bon équilibre n’est pas identique partout. Il dépend de la mission de l’établissement — apprentissage scolaire, sport, loisirs, santé —, de son bâti et de la fréquentation réelle. Mais une règle reste valable : une piscine publique sobre est d’abord une piscine dont les installations sont pilotées avec précision et dont les heures ouvertes correspondent à un besoin démontré.
Pour les usagers
Avant de renoncer à une séance faute de créneau pratique, consultez les horaires par bassin et par activité auprès de votre centre aquatique. Les ouvertures au public changent souvent pendant les vacances, les compétitions ou les périodes de maintenance, même lorsque l’établissement reste ouvert.
Questions fréquentes
Quels étaient les nouveaux horaires du dimanche au Nauticum de Roanne ?
Lors de l’annonce faite à l’automne 2024, le centre aquatique Nauticum devait de nouveau accueillir le public le dimanche de 8 heures à 12 h 45. Ces horaires sont ceux communiqués à cette période et peuvent évoluer selon les vacances scolaires, les travaux, les compétitions ou l’organisation du centre. Il est prudent de vérifier le planning actualisé avant de se déplacer.
Pourquoi une piscine publique consomme-t-elle beaucoup même quand elle est fermée ?
La fermeture au public ne stoppe pas les besoins essentiels. L’eau doit rester filtrée, traitée et brassée ; les halls doivent être ventilés et déshumidifiés afin de limiter condensation et dégradations ; le bâtiment et les bassins conservent une inertie thermique. L’ouverture ajoute toutefois des consommations liées à l’accueil, aux douches, à l’éclairage, au nettoyage et à une fréquentation plus importante.
Baisser la température d’une piscine d’un degré fait-il vraiment économiser de l’énergie ?
Oui, car un degré de moins réduit l’écart entre l’eau, l’air du hall et l’extérieur, donc une partie des pertes de chaleur et de l’évaporation. Le gain exact varie fortement selon l’isolation, le volume des bassins, la ventilation, la météo et la présence d’une couverture thermique. Il faut aussi vérifier que cette baisse reste acceptable pour les activités et les publics accueillis.
Comment une ville peut-elle réduire la facture énergétique de sa piscine sans fermer ?
La première étape est de mesurer les consommations par poste : chauffage, ventilation-déshumidification, filtration et éclairage. La collectivité peut ensuite ajuster les températures selon les bassins, programmer les équipements selon l’occupation, couvrir les bassins hors exploitation, réparer les dérives techniques et cibler les créneaux utiles. Le suivi du kWh par entrée permet de concilier sobriété et qualité de service.
Les règles de sécurité des piscines privées s’appliquent-elles à une piscine municipale ?
Non, les obligations de barrières, alarmes, couvertures ou abris normalisés visent certaines piscines privées enterrées non closes. Une piscine municipale ou un centre aquatique relève d’un cadre d’exploitation différent, avec des exigences propres en matière de surveillance, d’hygiène, d’organisation des secours et d’accueil du public. La réduction des coûts d’énergie ne doit jamais diminuer ces garanties.