Piscines publiques & Territoires
À Saintes, quel avenir pour la piscine Starzinsky ?
Les fermetures techniques de la piscine Louis Starzinsky replacent l’accès à la natation au centre du débat à Saintes. Entre remise en état, bassin nordique et bassin couvert, le choix doit d’abord répondre aux usages : écoles, clubs, apprentissage et baignade publique.
L’essentiel
- La piscine Louis Starzinsky, ouverte en 1983, a connu des fermetures techniques répétées depuis 2023, affectant écoles, clubs et nage libre.
- Une centrale de traitement d’air défaillante compromet le confort et la qualité d’ambiance d’un bassin couvert ; les chloramines ne se règlent pas par le seul dosage de chlore.
- Le projet couvert de six lignes d’eau envisagé en 2021 a été abandonné pour son coût ; un bassin nordique est étudié sur le site d’Aquarelle.
- Un bassin nordique peut renforcer l’offre sportive, mais il ne répond pas seul aux besoins de tous les publics, notamment les jeunes enfants et l’apprentissage.
- Pour choisir durablement, l’agglomération doit comparer chaque scénario sur les créneaux garantis, le coût global d’exploitation et la continuité du service.
À Saintes, l’avenir de la piscine Louis Starzinsky dépasse la seule question d’un bâtiment à réparer. Les fermetures répétées de l’équipement, ouvert en 1983, affectent l’apprentissage de la nage, les créneaux scolaires, la pratique associative et l’accès quotidien des habitants à la baignade. Elles obligent aussi l’agglomération à trancher une question structurante : faut-il prolonger un bassin vieillissant, construire un équipement couvert neuf ou compléter l’offre par un bassin nordique ?
Le dossier ne se résume pas à une opposition entre nostalgie et modernité. Une piscine publique est une infrastructure de service : elle doit être disponible, saine, accessible, exploitable à un coût maîtrisé et adaptée à des publics aux besoins parfois incompatibles. À Saintes, le choix à venir conditionnera durablement la place de la natation sur le territoire.
1983
année d’ouverture de la piscine Louis Starzinsky
Depuis 2023
fermetures techniques récurrentes signalées
25 %
capacité annoncée lors d’une panne de traitement d’air
Environ 400
adhérents au Cercle des nageurs saintais
Une fermeture qui touche bien plus que les loisirs
Depuis janvier 2023, la piscine Starzinsky a connu plusieurs interruptions de fonctionnement liées à des difficultés techniques. L’un des épisodes les plus préoccupants concernait la centrale de traitement de l’air, annoncée à seulement 25 % de sa capacité. Dans un bassin couvert, cet équipement n’est pas un élément secondaire : il participe à l’évacuation de l’humidité, au renouvellement de l’air et à la limitation des substances irritantes dans l’ambiance du hall.
Pour les usagers, les conséquences sont immédiates. Les familles perdent un lieu de baignade et d’apprentissage. Les établissements scolaires doivent revoir leur organisation, alors que les séances en piscine font partie du parcours d’apprentissage de la nage. Les associations, elles, perdent des lignes d’eau et des horaires réguliers. Le Cercle des nageurs saintais a notamment dû envisager des déplacements vers Cognac ou Rochefort pour maintenir certains entraînements, avec des trajets, des coûts et une fatigue supplémentaires.
La difficulté est renforcée par la vulnérabilité du site aux crues de la Charente, qui ont entraîné des dégâts et des réparations. Réparer au coup par coup peut remettre temporairement l’installation en service ; cela ne constitue pas nécessairement une stratégie patrimoniale lorsque les défaillances reviennent sur plusieurs organes essentiels.
Une réouverture n’est pas toujours une rénovation
Remplacer une pièce défaillante ou relancer une centrale de traitement d’air permet de répondre à l’urgence. Une rénovation durable suppose aussi de vérifier l’état de la structure, des réseaux hydrauliques, de l’étanchéité, des vestiaires, de la filtration, de la ventilation et de la performance énergétique.
Pourquoi le traitement de l’air est décisif dans une piscine couverte
L’air chaud et humide d’une piscine est agressif pour les matériaux comme pour les installations. Il transporte de la vapeur d’eau, mais aussi des composés issus de la désinfection. Les chloramines, appelées aussi chlore combiné, se forment lorsque le désinfectant réagit avec des matières organiques apportées par les baigneurs : sueur, résidus de cosmétiques ou, plus rarement, urine.
Leur odeur caractéristique est souvent attribuée à tort à un « excès de chlore ». En réalité, une forte odeur peut indiquer que l’eau et l’air doivent être mieux gérés : douche savonnée avant la baignade, renouvellement d’eau, qualité de la filtration, hydraulique du bassin et ventilation du hall fonctionnent ensemble. Une centrale de traitement de l’air insuffisante ne permet plus d’assurer confort et qualité d’ambiance dans des conditions satisfaisantes.
Les piscines publiques sont soumises à des exigences sanitaires et à des contrôles portant notamment sur la qualité de l’eau et le bon fonctionnement des installations. L’arrêté du 7 avril 1981 modifié encadre l’hygiène des piscines et baignades aménagées. Pour une collectivité, la question n’est donc pas seulement de remettre un bassin en eau : elle est de garantir durablement des conditions d’accueil compatibles avec la santé des baigneurs et du personnel.
À Saintes, trois besoins doivent être distingués
Un équipement aquatique bien dimensionné commence par une analyse des usages, et non par le seul choix d’une architecture. À Saintes, trois fonctions apparaissent prioritaires : assurer l’apprentissage de la nage, maintenir une pratique sportive régulière et offrir des créneaux de baignade à la population. Un même bassin peut répondre à ces missions, mais rarement au même moment et avec le même niveau de confort.
| Usage | Ce qu’il nécessite | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Apprentissage scolaire | Créneaux réguliers, eau et ambiance thermiquement confortables, vestiaires fluides, encadrement. | Les annulations et déplacements désorganisent rapidement les cycles pédagogiques. |
| École de natation | Petite profondeur ou bassin adapté, visibilité, accueil des jeunes enfants et des accompagnants. | Un bassin extérieur peut être moins pratique selon la saison et les conditions météo. |
| Clubs et entraînement | Lignes d’eau disponibles, profondeur et horaires stables, possibilité d’organiser des rencontres. | Les créneaux tardifs ou lointains fragilisent la fidélité des adhérents. |
| Baignade et activités santé | Amplitude d’ouverture, accessibilité, confort d’usage et surveillance organisée. | Le partage de l’eau avec les groupes nécessite une grille de planning lisible. |
Le projet initial de remplacement, lancé en 2021, prévoyait un bassin couvert de six lignes d’eau. Il a été abandonné en raison d’un coût devenu trop élevé. Les échanges se sont ensuite orientés vers l’hypothèse d’un bassin nordique sur le site du centre aquatique Aquarelle. Cette solution mérite d’être examinée pour ce qu’elle est : une réponse potentiellement robuste à certains usages, mais pas une équivalence automatique à un bassin couvert.
Bassin nordique ou bassin couvert : deux réponses, pas le même service
Un bassin nordique est un bassin extérieur chauffé, généralement exploité une grande partie de l’année, voire toute l’année selon le projet. Son intérêt principal tient à une construction moins dépendante d’un vaste hall couvert et de son traitement d’air. Il conserve toutefois des équipements techniques exigeants : filtration, chauffage, réseaux, vestiaires, circulation des usagers, protections contre le vent et gestion de l’exploitation hivernale.
Ce qu’un bassin nordique peut apporter
- Une pratique de nage en extérieur appréciée par de nombreux sportifs et usagers.
- Une conception qui réduit l’importance du volume d’air à chauffer et à traiter par rapport à une grande halle couverte.
- Une solution pertinente pour compléter des lignes d’eau dédiées à l’entraînement ou à la nage libre.
- Une réalisation parfois plus simple à phaser dans un programme global.
Ce qu’il ne remplace pas à lui seul
- Le confort d’un bassin intérieur pour les très jeunes enfants, les débutants ou certains publics fragiles.
- La protection contre le vent, la pluie et le froid lors des phases d’entrée, de sortie et d’attente.
- Des vestiaires, sanitaires et locaux techniques dimensionnés pour une fréquentation toute saison.
- Une capacité garantie à absorber simultanément écoles, clubs, loisirs et activités encadrées.
L’enjeu n’est donc pas de déclarer une formule « meilleure » dans l’absolu. Un bassin nordique peut constituer une excellente réponse sportive et un complément territorial pertinent. Mais si l’objectif prioritaire est de sécuriser l’apprentissage des enfants et l’accueil à l’année de tous les publics, il doit être intégré à une offre globale suffisamment abritée, lisible et disponible.
Le critère souvent oublié : la disponibilité réelle
Un bassin de qualité mais saturé par les scolaires, les clubs ou les activités collectives n’offre pas le même service qu’un bassin accessible. Avant de choisir un projet, une collectivité doit simuler une semaine complète de planning, créneau par créneau, et non se limiter au nombre de mètres carrés d’eau.
Le vrai coût : construire, exploiter, réparer et rendre le service
Le coût de construction a conduit à abandonner le premier scénario couvert de Saintes. C’est un paramètre incontournable, mais il ne doit pas être isolé. Pour une piscine publique, la dépense s’apprécie sur plusieurs décennies : investissement initial, consommation d’énergie, renouvellement des équipements, maintenance préventive, personnel, traitement de l’eau, assurances et conséquences des fermetures.
Un bâtiment ancien peut sembler moins coûteux à court terme parce que l’enveloppe est déjà là. Il peut pourtant devenir plus onéreux si les pannes se succèdent, si les rendements énergétiques sont dégradés ou si les indisponibilités imposent des solutions de remplacement. À l’inverse, un projet neuf trop réduit peut coûter cher au territoire s’il ne répond pas aux besoins réels et doit être complété quelques années plus tard.
Raisonner en coût de service
Pour comparer deux scénarios, il faut rapporter la dépense à un service mesurable : nombre d’heures d’ouverture, créneaux scolaires assurés, lignes réellement disponibles pour les clubs, accessibilité des personnes à mobilité réduite et jours de fermeture évités. Un équipement fiable a aussi une valeur sociale qui ne figure pas intégralement dans le devis de travaux.
Une méthode en cinq étapes pour éviter un projet mal calibré
Le débat local gagnerait à s’appuyer sur une méthode transparente. Elle permet de distinguer l’urgence technique — maintenir ou restaurer le service existant — de la décision patrimoniale, qui engage le territoire pour plusieurs décennies.
- Établir un diagnostic indépendant de l’existant. Structure, réseaux, ventilation, traitement d’eau, risques liés aux crues, accessibilité et performance énergétique doivent être examinés ensemble.
- Mesurer les besoins plutôt que les déclarer. Il faut recenser les élèves concernés, les adhérents associatifs, les heures de nage libre demandées, les activités santé et les publics aujourd’hui éloignés de l’offre.
- Tester des plannings réalistes. Chaque scénario doit être confronté à une semaine type : scolaires en journée, clubs le soir, nage libre, aquagym, apprentissage et entretien technique.
- Comparer le coût global sur la durée. L’investissement, l’énergie, le personnel, la maintenance et le risque de fermeture doivent figurer dans la même grille de décision.
- Présenter les arbitrages au public. Une information claire sur les usages retenus, ceux qui seront limités et les solutions transitoires est indispensable pour rendre le projet compréhensible.
Ce que les usagers peuvent demander avant toute décision
Parents, nageurs et associations ne sont pas seulement des utilisateurs finaux : leur expérience met en lumière les contraintes d’exploitation qu’un programme architectural peut sous-estimer. Leurs questions doivent porter sur des engagements concrets plutôt que sur le seul dessin d’un futur bassin.
- Combien d’heures hebdomadaires seront garanties aux écoles, aux clubs et à la nage libre ?
- Quels publics auront accès à une eau abritée et dans quelles conditions durant l’hiver ?
- Quelle solution est prévue lors d’une crue, d’une panne technique ou d’un arrêt de maintenance ?
- Les vestiaires, sanitaires et cheminements seront-ils adaptés aux familles, aux groupes scolaires et aux personnes à mobilité réduite ?
- Quel calendrier de continuité est prévu pendant les travaux ou une éventuelle fermeture prolongée ?
À Saintes, la priorité consiste à restaurer une offre aquatique fiable. La piscine Starzinsky a révélé les limites d’un équipement soumis à des pannes répétées ; elle ouvre aussi l’occasion de définir un service plus résilient. Le bon projet sera celui qui ne choisira pas seulement un type de bassin, mais qui garantira concrètement l’accès à la natation pour les enfants, les sportifs et les habitants, toute l’année.
Questions fréquentes
Pourquoi la piscine Starzinsky de Saintes a-t-elle fermé plusieurs fois ?
La piscine Louis Starzinsky a connu des dysfonctionnements techniques récurrents depuis janvier 2023. L’un des épisodes les plus marquants concernait sa centrale de traitement de l’air, annoncée à 25 % de sa capacité. Les crues de la Charente ont également compliqué l’exploitation du site. Dans une piscine couverte, ventilation, traitement de l’eau et équipements techniques doivent fonctionner ensemble pour permettre un accueil sûr et confortable.
Qu’est-ce qu’un bassin nordique dans une piscine municipale ?
Un bassin nordique est une piscine extérieure chauffée, conçue pour être utilisée sur une période très large de l’année, parfois toute l’année. Il est particulièrement adapté à la nage et à l’entraînement. Il demande néanmoins des vestiaires, une filtration, un chauffage et une organisation d’exploitation complète. Son usage est plus exposé aux conditions météo qu’un bassin couvert, notamment pour les jeunes enfants et les débutants.
Un bassin nordique peut-il remplacer une piscine couverte ?
Pas systématiquement. Il peut offrir de précieuses lignes d’eau pour les nageurs, les clubs et la baignade sportive, tout en limitant les besoins liés à une grande halle couverte. En revanche, il ne procure pas le même confort pour l’apprentissage, les très jeunes enfants, certains seniors ou les groupes qui doivent se changer et circuler en hiver. Tout dépend des autres bassins disponibles sur le territoire.
Pourquoi une piscine publique a-t-elle besoin d’un traitement de l’air performant ?
L’air d’un bassin couvert est chaud, humide et chargé de composés issus de l’activité des baigneurs et de la désinfection. Une ventilation efficace évacue l’humidité, protège le bâtiment et limite l’accumulation de chloramines, souvent responsables d’une odeur forte et d’irritations. Elle contribue aussi au confort des nageurs, des maîtres-nageurs et de l’ensemble du personnel présent dans le hall.
Comment une collectivité doit-elle choisir entre rénover et construire une piscine ?
Elle doit d’abord faire diagnostiquer l’état réel du bâtiment et de ses équipements : structure, réseaux, filtration, ventilation, vestiaires, accessibilité et vulnérabilité aux aléas locaux. Ensuite, elle compare les besoins réels des écoles, clubs et habitants avec les heures d’eau disponibles. Enfin, la décision doit intégrer le coût global sur plusieurs décennies, incluant énergie, maintenance, personnel et risque de fermeture.