Piscines publiques & Territoires
À Bihorel, la démolition de Transat relance l’accès à la natation
La démolition de la piscine Transat, fermée depuis 2016, marque la fin d’un équipement ouvert à Bihorel en 1972. Au-delà de la nostalgie, ce dossier pose une question concrète : comment maintenir l’apprentissage de la nage et un accès aquatique abordable lorsque rénover devient trop coûteux ?
L’essentiel
- La piscine Transat de Bihorel, ouverte en 1972 et fermée depuis 2016, entre dans une phase de démolition après l’abandon de sa réhabilitation.
- La ville avait évoqué 5 millions d’euros pour réhabiliter le site et un déficit annuel de fonctionnement de 600 000 euros.
- La disparition d’un bassin touche d’abord les créneaux scolaires, les clubs, les familles sans piscine privée et les usagers peu mobiles.
- Un petit bassin peut servir l’apprentissage et les activités douces, mais ne remplace pas automatiquement les capacités d’une piscine complète.
- Avant de choisir une alternative, il faut comparer usages, transports, créneaux disponibles, investissement et exploitation sur plusieurs années.
La piscine Transat de Bihorel, près de Rouen, ne s’est pas « évaporée » : sa démolition a commencé après près de dix ans de fermeture. Ouvert en 1972, l’équipement avait cessé d’accueillir le public en 2016 dans la perspective d’une réhabilitation qui n’a finalement pas abouti. Pour les anciens usagers, les clubs et les familles, la disparition du bâtiment referme une longue histoire locale. Pour la ville, elle cristallise surtout un arbitrage difficile entre le coût d’un bassin vieillissant et les autres besoins du territoire.
Le cas de Transat dépasse largement la seule question d’un bâtiment. Une piscine publique est à la fois un lieu de loisirs, un outil d’apprentissage de la natation, un espace d’activité physique et un équipement social. Lorsqu’elle ferme, la vraie question n’est donc pas seulement de savoir ce qui sera construit à sa place, mais comment les habitants pourront continuer à accéder à l’eau.
Une fermeture longue, puis la fin du bâtiment Transat
La piscine Transat avait ouvert en 1972. Fermée depuis 2016, elle devait initialement faire l’objet de travaux de réhabilitation. Les montants alors évoqués expliquent en partie l’impasse : la remise à niveau était estimée à 5 millions d’euros et le déficit annuel de fonctionnement mentionné par la ville atteignait 600 000 euros.
Ces deux données ne s’additionnent pas mécaniquement. La première correspond à un investissement ponctuel, susceptible d’évoluer selon l’état réel du bâti, les mises aux normes et le périmètre des travaux. La seconde mesure l’écart annuel entre les dépenses d’exploitation et les recettes. Elles illustrent néanmoins la difficulté : restaurer un bassin ancien oblige souvent une collectivité à financer à la fois un chantier lourd et une exploitation structurellement déficitaire.
| Repère | Donnée | Ce qu’il faut en comprendre |
|---|---|---|
| Ouverture | 1972 | Le bâtiment relevait d’une génération d’équipements aujourd’hui confrontés au vieillissement des structures et des installations techniques. |
| Fermeture au public | 2016 | La fermeture a interrompu l’accès local au bassin pendant près d’une décennie avant le début de la démolition. |
| Réhabilitation envisagée | 5 millions d’euros | Estimation évoquée pour remettre l’équipement en état ; elle ne préjuge pas du coût d’un projet neuf ou d’une solution différente. |
| Déficit annuel de fonctionnement | 600 000 euros | Montant cité par la ville, qui traduit le coût récurrent de l’exploitation après déduction des recettes. |
Démolir ne répond pas, à lui seul, au besoin aquatique
La destruction d’un bâtiment met fin à une option de rénovation à l’identique. Elle ne détermine pas automatiquement l’avenir de l’accès à la natation : maintien d’une offre dans les piscines voisines, création d’un bassin plus petit ou absence de remplacement répondent à des objectifs très différents.
En 2023, une consultation publique a fait apparaître un désaccord entre Bihorel et les communes voisines de Bois-Guillaume et Isneauville, la majorité s’étant prononcée contre une réouverture. Cette séquence rappelle un point essentiel pour les équipements aquatiques : le périmètre du vote, du financement et de l’usage quotidien n’est pas toujours le même. Les habitants les plus proches du bassin ne sont pas nécessairement ceux qui assument seuls son coût.
Pourquoi une piscine publique compte au-delà des baignades
Un bassin municipal n’est pas seulement un lieu où l’on vient se rafraîchir. Il permet aux écoles d’organiser des cycles de natation, aux familles sans piscine privée de pratiquer à un tarif encadré, aux associations de proposer leurs activités et aux adultes de reprendre une activité physique peu traumatisante pour les articulations. À Bihorel, la section plongée sous-marine et apnée du Gallia Club Omnisports était notamment liée à la vie de l’équipement.
La fermeture ne supprime pas nécessairement toute possibilité de nager : des piscines situées dans les communes proches peuvent prendre le relais. Mais l’éloignement change concrètement l’usage. Pour une famille sans voiture, pour une école devant organiser un transport collectif ou pour un senior, quelques kilomètres supplémentaires, des créneaux rares et des horaires moins compatibles peuvent suffire à décourager une pratique régulière.
1972
année d’ouverture de Transat
2016
année de fermeture au public
5 M€
estimation évoquée pour la réhabilitation
600 000 €
déficit annuel cité par la ville
La première conséquence à évaluer est donc l’accessibilité réelle, et non la seule présence d’un bassin sur une carte. Il faut regarder les temps de trajet, les capacités d’accueil aux heures scolaires, les créneaux de nage libre, l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite et le prix total du déplacement, transport compris.
Ce que recouvre réellement le déficit d’une piscine
Un déficit de fonctionnement ne signifie pas qu’un équipement est mal géré. Les piscines sont, par nature, des services publics coûteux : les billets d’entrée ne peuvent pas couvrir toutes les dépenses sans devenir inaccessibles. Le chauffage de l’eau et de l’air, la ventilation, le renouvellement et le traitement de l’eau, les analyses, l’entretien, les assurances, les agents d’accueil, les maîtres-nageurs et les réparations forment l’essentiel de la facture.
Dans un bassin ancien, les dépenses énergétiques peuvent s’ajouter à une maintenance de plus en plus lourde : toiture, réseaux, carrelage, étanchéité, filtration, déshumidification et vestiaires vieillissent ensemble. Rénover peut réduire certains postes à long terme, mais impose une avance financière considérable et une fermeture de chantier. Fermer évite certains coûts immédiats, tout en reportant le besoin de nage vers d’autres équipements.
Réhabiliter un bassin existant
- Conserve un équipement connu, situé au cœur des habitudes locales.
- Peut moderniser la filtration, l’isolation et les consommations énergétiques.
- Préserve des créneaux de proximité pour les écoles, clubs et nageurs.
Fermer et redéployer les usages
- Évite un investissement immédiat dans un bâtiment très dégradé.
- Libère un foncier pour d’autres projets communaux.
- Risque d’allonger les trajets et de réduire l’accès effectif à la natation.
Un calcul à faire sur plusieurs années
Comparer uniquement le coût d’un chantier avec le déficit d’une année conduit à une fausse opposition. Une décision utile doit intégrer la durée de vie visée, les dépenses de maintenance évitées, les consommations futures, les coûts de transport scolaire et les capacités disponibles dans les bassins voisins.
Quelles alternatives aquatiques peuvent répondre au besoin local ?
Plusieurs usages ont été évoqués pour le site : une salle culturelle polyvalente, l’agrandissement du parc existant ou un petit bassin plus simple à administrer. Ces pistes ne répondent pas au même besoin et ne doivent pas être présentées comme interchangeables. Une salle ou un parc peuvent améliorer la vie locale, mais ne remplacent pas une ligne d’eau pour apprendre à nager. À l’inverse, un petit bassin peut accueillir des activités ciblées sans offrir la capacité d’une piscine complète.
| Option | Réponse à l’accès à la natation | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Accord avec des piscines voisines | Peut maintenir des créneaux scolaires et certains usages associatifs. | Vérifier les capacités disponibles, les transports et la régularité des créneaux attribués. |
| Petit bassin de proximité | Adapté à l’apprentissage, à l’aquagym, à la rééducation ou à certains publics. | Ses dimensions et sa profondeur peuvent limiter la nage sportive, les clubs et l’accueil simultané de classes. |
| Nouveau centre aquatique partagé | Peut mutualiser les besoins de plusieurs communes et diversifier les usages. | Demande un portage intercommunal, un foncier, des délais et un modèle d’exploitation solide. |
| Parc ou équipement culturel | Ne maintient pas d’offre de baignade ou d’apprentissage. | Assumer clairement que le besoin aquatique devra être couvert ailleurs. |
La solution la plus adaptée dépend donc du besoin prioritaire. Si l’objectif est d’abord le savoir-nager des enfants, les créneaux scolaires, les transports et la disponibilité des maîtres-nageurs comptent davantage que la taille d’un hall d’accueil. Si l’objectif est une pratique quotidienne de proximité, les horaires publics et le coût d’accès deviennent déterminants. Si l’ambition est sportive ou associative, il faut aussi examiner la profondeur, le nombre de lignes d’eau et les locaux nécessaires.
Une méthode pour décider sans opposer mémoire et finances
La nostalgie d’un lieu et la contrainte budgétaire sont toutes deux légitimes. Une collectivité peut les mettre en regard à condition de partir des usages réels plutôt que d’un choix de bâtiment déjà arrêté. Cette méthode vaut aussi pour les communes confrontées à la rénovation d’une piscine des années 1960 à 1980.
- Mesurer les besoins non satisfaits. Recenser les classes à accueillir, les licenciés, les créneaux de nage libre demandés, les publics empêchés de se déplacer et les périodes de saturation des piscines proches.
- Cartographier l’offre accessible. Comparer les temps de trajet réels, les transports collectifs, les tarifs, l’accessibilité et les disponibilités pour les scolaires, associations et grand public.
- Chiffrer plusieurs scénarios complets. Pour chaque option, intégrer investissement, exploitation, maintenance, énergie, transport et recettes prévisibles sur une période comparable.
- Définir le service minimum à garantir. Fixer des objectifs concrets : nombre de créneaux scolaires, accès à la nage libre, activité pour les seniors, apprentissage pour les débutants ou entraînement associatif.
- Publier les critères et suivre le résultat. Une fois la solution retenue, rendre lisibles les engagements de capacité, d’horaires et de prix permet aux habitants d’évaluer le service réellement rendu.
Un petit bassin reste un équipement public exigeant
L’idée d’un bassin plus modeste peut sembler plus simple qu’un grand établissement historique. Elle réduit parfois les surfaces à chauffer, les volumes d’eau et les besoins d’accueil. Mais elle ne dispense pas des exigences techniques et sanitaires propres à une piscine ouverte au public : filtration dimensionnée, traitement de l’eau, renouvellement, analyses, entretien des plages et des vestiaires, accessibilité, surveillance et personnel formé.
La sécurité et l’hygiène ne sont pas des options
Les piscines ouvertes au public et à usage collectif relèvent notamment de l’arrêté du 7 avril 1981 modifié sur les dispositions techniques, sanitaires et d’hygiène. Un projet de petit bassin doit donc être évalué sur son coût d’exploitation complet, pas seulement sur la taille de son bassin ou l’investissement initial.
Le dimensionnement doit également être cohérent avec l’usage. Un bassin peu profond est pertinent pour les jeunes enfants et les activités douces, mais il ne répond pas à tous les apprentissages ni aux besoins de plongée, d’apnée ou de nage sportive. Dans ce type de projet, la sobriété utile consiste à limiter les surfaces superflues sans sous-dimensionner l’outil au point de le rendre inadapté dès l’ouverture.
Ce que les habitants peuvent demander après la disparition de Transat
La mobilisation du collectif Piscine Bihorel à défendre montre que le dossier demeure sensible. Une pétition ou une consultation ne remplacent pas une étude de faisabilité, mais elles peuvent aider à formuler les bonnes demandes. Le débat gagne à sortir de l’alternative entre conserver exactement l’ancien bassin et renoncer à toute politique aquatique.
Les questions les plus utiles sont précises : quelles piscines accueillent aujourd’hui les élèves de Bihorel ? À quels horaires et avec quel transport ? Quels créneaux sont accessibles aux clubs et aux familles ? Un bassin de proximité fait-il partie des scénarios réellement étudiés ? Quel niveau de service la ville souhaite-t-elle garantir, seul ou avec ses voisines ? Les réponses à ces questions donneront une mesure concrète de ce qui remplace, ou non, la piscine Transat.
Questions fréquentes
Pourquoi la piscine Transat de Bihorel a-t-elle fermé ?
La piscine Transat a fermé au public en 2016 dans la perspective d’une réhabilitation qui n’a pas été menée à terme. La ville avait évoqué un coût de travaux de 5 millions d’euros et un déficit annuel de fonctionnement de 600 000 euros. Ces contraintes financières, ajoutées au vieillissement du bâtiment, ont conduit à la démolition de l’équipement existant.
Qui décide de fermer ou de reconstruire une piscine municipale ?
La décision dépend du propriétaire de l’équipement et de la collectivité qui exerce la compétence : commune, intercommunalité ou syndicat de communes. Lorsqu’une piscine accueille des habitants de plusieurs territoires, la question du partage de l’investissement et du déficit d’exploitation est centrale. Les élus décident, mais une consultation des usagers et une étude des besoins permettent d’éclairer les arbitrages.
Un petit bassin peut-il remplacer une piscine municipale ?
Il peut répondre à une partie des besoins, notamment l’éveil aquatique, l’apprentissage, l’aquagym, certaines activités santé ou la rééducation. En revanche, il ne permet pas toujours d’accueillir une classe entière, plusieurs lignes de nage, des clubs sportifs ou des activités exigeant de la profondeur. Son intérêt dépend donc du programme d’usage défini avant sa conception.
Comment les enfants apprennent-ils à nager quand la piscine de leur ville ferme ?
Les écoles peuvent être orientées vers des piscines voisines, à condition que des créneaux soient réservés et que le transport soit organisé. La qualité de cette solution se mesure au temps de trajet, au nombre de séances réellement assurées et à la disponibilité des bassins. Les familles peuvent se renseigner auprès de l’école et de la commune sur les modalités prévues pour les cycles de natation.
Quelles règles s’appliquent à une piscine publique ou collective ?
Une piscine ouverte au public doit respecter des exigences sanitaires, techniques et de sécurité. L’arrêté du 7 avril 1981 modifié encadre notamment l’hygiène et le traitement de l’eau dans les piscines à usage collectif. L’exploitant doit aussi prévoir une surveillance adaptée, des installations entretenues et un personnel qualifié selon les activités proposées et les conditions d’ouverture.