Piscines publiques & Territoires
Centralbadet à Göteborg : ce que change cette piscine en bois
À Göteborg, l’agence Henning Larsen a remporté le concours du futur Centralbadet, appelé à remplacer le Valhallabadet. Au-delà de son architecture en bois, ce vaste équipement interroge la manière de concevoir une piscine publique durable, accueillante et techniquement pérenne.
L’essentiel
- Centralbadet doit remplacer à Göteborg le Valhallabadet, ouvert en 1956, par un complexe aquatique de 51 850 m² conçu par Henning Larsen.
- Le projet associe bassins de compétition et familiaux, salles de sport, saunas et cafés : un modèle de piscine publique à usages multiples.
- Le bois en piscine exige surtout une déshumidification fiable, des assemblages protégés et un accès simple à la maintenance des structures.
- Toiture végétalisée, matériaux recyclés et démontabilité sont utiles seulement s’ils s’accompagnent d’un pilotage rigoureux de l’énergie et de l’eau.
- Avant de rénover ou reconstruire, une ville doit comparer patrimoine, capacité d’accueil, réseaux techniques et coût d’exploitation sur plusieurs décennies.
Le futur Centralbadet de Göteborg ne se résume pas à une nouvelle piscine municipale. Le projet, confié à l’agence danoise Henning Larsen à l’issue d’un concours, doit prendre la relève du Valhallabadet, un établissement ouvert en 1956. Avec une surface annoncée de 51 850 m², il associe bassins de compétition et familiaux, activités sportives, sauna, restauration et espaces de séjour.
Sa signature architecturale tient à l’emploi très visible du bois, à une toiture végétalisée accessible et à une ambition de réemploi des matériaux. Ce programme suédois offre surtout un cas d’école utile aux villes françaises : une piscine publique n’est durable que si son enveloppe, ses équipements techniques, ses usages et sa maintenance sont pensés ensemble dès le concours.
51 850 m²
surface annoncée du futur complexe
1956
année d’ouverture du Valhallabadet
3 pôles
sport, loisirs et bien-être réunis
Centralbadet : un équipement public, pas seulement un bassin
Situé au cœur de Göteborg, Centralbadet est présenté comme le remplaçant du Valhallabadet historique. Henning Larsen travaille sur le projet avec le studio suédois Winell & Jern, le bureau d’ingénierie Ramboll et John Dohlsten, spécialiste des sciences du sport à l’université de Göteborg.
Le programme annoncé dépasse largement la seule pratique de la nage. Il doit comprendre des bassins de compétition décrits comme conformes aux standards olympiques, des espaces aquatiques pour les familles, des salles de sport, des cafés et des saunas. Cette diversité répond à une évolution nette des centres aquatiques : l’équipement doit servir à la fois l’apprentissage, le sport associatif, la pratique libre, le bien-être et les temps de sociabilité.
Pour une collectivité, cette mixité d’usages peut mieux répartir les flux dans la journée. Les créneaux scolaires, les clubs, les nageurs individuels et les usagers du sauna ne recherchent ni les mêmes horaires ni les mêmes espaces. Mais elle impose une programmation très rigoureuse : accès distincts, vestiaires dimensionnés, surveillance adaptée, acoustique maîtrisée et qualité d’eau suivie bassin par bassin.
| Élément du programme | Fonction pour les usagers | Point de vigilance pour l’exploitant |
|---|---|---|
| Bassins de compétition | Natation sportive, entraînement, événements et pratiques associatives | Gestion des lignes d’eau, calendrier des clubs et besoins de surveillance |
| Bassins familiaux | Apprentissage, jeux et baignade intergénérationnelle | Température, renouvellement d’eau et séparation des usages |
| Salles de sport | Activité physique hors bassin et complément à la natation | Circulation des publics secs et humides, ventilation |
| Saunas et espaces de détente | Récupération, bien-être et séjour prolongé | Hygiène, évacuation de l’humidité et entretien intensif |
| Cafés et espaces de rencontre | Accueil, attente des accompagnants et vie sociale | Contrôle des accès et séparation nette avec les zones de baignade |
Un indicateur à regarder au-delà de la surface
Les 51 850 m² annoncés donnent une idée de l’ampleur du projet, mais ne renseignent pas à eux seuls sur la capacité de baignade. Pour juger un équipement, il faut aussi connaître le nombre de plans d’eau, les surfaces de bassins, le nombre de vestiaires, les créneaux attribués aux écoles et aux clubs, ainsi que les charges annuelles d’exploitation.
Pourquoi construire une piscine publique en bois est un défi technique
Dans un centre aquatique, le bois n’est pas un matériau décoratif comme un autre. Les zones situées au-dessus des bassins sont soumises en continu à une forte humidité, à la condensation, à des variations de température et, selon le traitement de l’eau, à des composés susceptibles d’attaquer les matériaux. Le projet de Centralbadet prévoit une façade à lattes de bois et des éléments structurels en lamellé-collé conçus pour cet environnement.
Le lamellé-collé est particulièrement adapté aux grandes portées, ce qui permet de dégager les halles de bassin de poteaux gênants. Il peut aussi offrir une ambiance moins minérale que le béton apparent ou l’acier. Il ne dispense toutefois d’aucune précaution : la durabilité dépend du détail des assemblages, de la ventilation, de la maîtrise des ponts thermiques et de l’accessibilité des éléments à inspecter.
La conception passe avant le matériau
Une charpente bois réussie dans une piscine repose d’abord sur la prévention de la condensation. L’air chaud et humide doit être extrait et renouvelé de manière homogène. Les zones froides, où la vapeur se dépose plus facilement, doivent être identifiées dès l’étude. Les fixations métalliques, souvent plus fragiles face à la corrosion que le bois lui-même, appellent une attention particulière.
Ce que le bois peut apporter
- De grandes portées compatibles avec des halls de bassins dégagés.
- Une atmosphère plus chaleureuse pour les nageurs et les accompagnants.
- Un potentiel de réduction de l’impact carbone par rapport à des solutions très minérales, selon l’origine du bois et le projet global.
- Des éléments structurels qui peuvent être conçus pour le démontage et le réemploi.
Ce que cela exige
- Une ventilation et une déshumidification performantes, suivies dans la durée.
- Des détails constructifs empêchant l’eau de stagner dans les assemblages.
- Un choix rigoureux des protections, fixations et zones exposées.
- Un budget de maintenance prévisionnelle, avec inspections régulières de l’enveloppe et de la charpente.
Le piège : confondre bois visible et bâtiment sobre
Un habillage bois, même certifié, ne suffit pas à qualifier une piscine de durable. Le poids environnemental d’un centre aquatique dépend aussi de la production de chaleur, de la déshumidification, du renouvellement d’eau, de la filtration, de l’électricité et du taux réel de fréquentation. Une belle halle difficile à chauffer ou à exploiter ne tient pas sa promesse environnementale.
Lumière naturelle et toiture végétalisée : des choix à arbitrer
Le projet de Göteborg prévoit de grandes fenêtres afin d’apporter une lumière naturelle généreuse dans les espaces intérieurs. Pour les usagers, le bénéfice est immédiat : un hall de bassin éclairé par le jour est souvent plus agréable, plus lisible et moins institutionnel. La lumière peut aussi renforcer le lien entre un équipement public et son quartier.
Mais les vitrages des piscines demandent un équilibre précis. Trop de parois vitrées peuvent accroître les déperditions thermiques en hiver et les surchauffes ou l’éblouissement à certaines heures. Le projet doit donc combiner orientation, protections solaires, qualité des vitrages, étanchéité à l’air et réglage de la ventilation. La vue sur la ville ne doit pas se payer par une facture énergétique difficile à assumer.
La toiture végétalisée accessible annoncée pour Centralbadet poursuit plusieurs objectifs : créer un lieu de séjour, améliorer la présence du végétal en ville et participer à la gestion des eaux de pluie. Là encore, sa performance dépend des détails : portance de la structure, étanchéité, drainage, entretien, accès sécurisé et choix d’essences végétales adaptées au climat local.
Réemploi et démontabilité : une promesse à transformer en méthode
Henning Larsen met en avant des composants conçus pour être démontés et réemployés, ainsi que le recours à des matériaux recyclés dans la partie béton, notamment des briques récupérées. L’intention est importante : les équipements publics sont généralement pensés pour durer plusieurs décennies, mais leurs usages évoluent. Concevoir des éléments démontables peut faciliter une transformation future plutôt qu’une démolition complète.
Dans une piscine, cette logique ne concerne pas uniquement la structure. Les faux plafonds, cloisons, mobiliers, revêtements hors zones immergées et réseaux techniques sont autant d’éléments à rendre accessibles, remplaçables ou adaptables. C’est particulièrement stratégique pour les installations de traitement d’air et d’eau, dont les renouvellements sont souvent plus fréquents que ceux du gros œuvre.
- Établir un inventaire des matériaux. Chaque matériau réemployé ou réutilisable doit être localisé, quantifié et documenté pour rester identifiable à long terme.
- Privilégier les assemblages réversibles. Quand cela est techniquement possible, boulonnage, vissage et éléments modulaires facilitent la dépose sans destruction.
- Prévoir l’accès à la maintenance. Une gaine ou un équipement inaccessible devient coûteux à réparer, même s’il est performant sur le papier.
- Programmer les remplacements. La collectivité doit anticiper la durée de vie des membranes, pompes, ventilateurs, revêtements et automatismes.
- Mesurer l’exploitation réelle. Les consommations d’eau et d’énergie, la température, l’humidité et la fréquentation doivent guider les ajustements après ouverture.
Le bon réflexe pour comparer deux projets
Demander un coût global sur la durée de vie du bâtiment, et pas seulement le coût de construction. Un investissement plus élevé dans l’enveloppe, la régulation et l’accessibilité des réseaux peut être pertinent s’il réduit les pannes, les consommations et les fermetures partielles pendant l’exploitation.
Remplacer le Valhallabadet sans effacer sa mémoire
Le remplacement du Valhallabadet suscite des réactions, car l’ancien établissement fait partie de l’histoire sportive et urbaine de Göteborg. Le projet de Centralbadet prévoit de faire référence à son décor, notamment à travers des évocations des mosaïques associées à Nils Wendel. Cette volonté de continuité rappelle qu’une piscine publique n’est jamais un simple bâtiment technique : elle est un lieu de souvenirs, d’apprentissage et de pratiques quotidiennes.
Pour les décideurs, le débat entre rénovation et reconstruction doit être traité tôt et publiquement. La rénovation peut préserver une architecture, limiter certains déchets et maintenir un repère urbain. La reconstruction peut, elle, répondre plus facilement à des besoins devenus incompatibles avec le bâtiment existant : accessibilité, nombre de bassins, performance énergétique, sécurité incendie, réseaux techniques ou nouveaux usages.
| Question à poser | Ce qu’elle permet de décider |
|---|---|
| La structure existante peut-elle recevoir de nouveaux équipements ? | Évaluer la faisabilité réelle d’une rénovation lourde. |
| Les réseaux d’eau, d’air et d’électricité sont-ils accessibles ? | Anticiper le coût, la durée et les risques de chantier. |
| Le bâtiment répond-il aux besoins actuels de baignade ? | Comparer les capacités scolaires, sportives, familiales et de bien-être. |
| Quels éléments patrimoniaux peuvent être conservés ? | Éviter d’opposer brutalement héritage architectural et transformation. |
| Quel sera le coût d’exploitation à long terme ? | Arbitrer sur des dépenses récurrentes, souvent déterminantes pour la collectivité. |
Ce que les collectivités françaises peuvent retenir du projet suédois
Centralbadet n’est pas transposable tel quel en France : climat, règles locales, organisation des services publics et habitudes de fréquentation diffèrent. Il rappelle néanmoins plusieurs principes universels. D’abord, l’architecture d’un centre aquatique doit servir son exploitation quotidienne. Ensuite, une démarche environnementale crédible englobe les matériaux, mais aussi les consommations et la possibilité de réparer le bâtiment. Enfin, la qualité d’un équipement dépend de sa capacité à accueillir plusieurs publics sans dégrader le confort ni la sécurité.
En France, les piscines ouvertes au public sont notamment soumises à des exigences sanitaires et de surveillance spécifiques. La qualité de l’eau, le renouvellement, les contrôles et l’organisation de la surveillance ne peuvent donc pas être déduits d’un choix architectural. Un projet de halle bois, de toiture végétalisée ou de grandes façades vitrées doit être validé en même temps que les dispositifs de traitement d’air, de filtration, d’évacuation et d’accessibilité.
Architecture et réglementation : deux dossiers indissociables
Pour une piscine ouverte au public en France, le projet doit intégrer dès sa conception les règles sanitaires applicables aux baignades artificielles, les obligations d’accessibilité, de sécurité incendie et les conditions d’organisation de la surveillance. Une architecture accueillante ne remplace jamais ces exigences ; elle doit les rendre plus simples à respecter au quotidien.
Le vrai test : une piscine agréable à fréquenter et possible à exploiter
Le futur Centralbadet affiche une ambition rare par son échelle et par l’intégration du bois, du végétal et du réemploi. Sa réussite ne se mesurera toutefois ni à la seule qualité de ses images d’architecture ni à la surface de son programme. Elle reposera sur des critères très concrets : confort hygrothermique, robustesse de la structure, facilité d’entretien, qualité de l’accueil, disponibilité des bassins pour les écoles et les clubs, et capacité de la ville à financer l’exploitation dans la durée.
C’est la leçon la plus utile de ce projet : dans une piscine publique, le bâtiment, l’eau, l’air et les usages forment un seul système. Penser ce système dès l’origine est la condition pour que l’équipement reste un bien commun vivant, plutôt qu’une prouesse architecturale coûteuse à maintenir.
Questions fréquentes
Où sera construite la piscine Centralbadet à Göteborg ?
Le projet Centralbadet est prévu au cœur de Göteborg, en remplacement du Valhallabadet. Cet ancien équipement aquatique a ouvert en 1956. Le programme présenté par l’équipe de conception annonce un vaste complexe de 51 850 m², mêlant pratique sportive, baignade familiale, remise en forme et espaces de détente.
Pourquoi utiliser du bois dans une piscine publique ?
Le bois, notamment le lamellé-collé, permet de franchir de grandes portées tout en donnant un caractère plus chaleureux aux halles de bassin. Son intérêt environnemental dépend cependant de l’ensemble du projet. Dans une piscine, il doit être protégé par une ventilation et une déshumidification maîtrisées, car humidité, condensation et corrosion des fixations constituent les principaux risques.
Une piscine en bois est-elle vraiment plus écologique ?
Pas automatiquement. Le bois peut réduire une partie de l’impact lié à la structure s’il est bien sourcé et conçu pour durer ou être réemployé. Mais une piscine consomme aussi de l’énergie pour chauffer l’eau et l’air, traiter l’eau et déshumidifier les espaces. La sobriété se juge donc sur le cycle de vie complet, y compris l’exploitation.
Que prévoit le projet Centralbadet pour les usagers ?
Selon la présentation du projet, Centralbadet doit accueillir des bassins de compétition aux standards olympiques, des espaces familiaux, des salles de sport, des cafés et des saunas. L’objectif affiché est de faire du site un équipement de pratique sportive, de bien-être et de rencontre, accessible à des publics aux attentes différentes.
Vaut-il mieux rénover une vieille piscine municipale ou en construire une nouvelle ?
La réponse dépend de l’état de la structure, de l’accessibilité des réseaux, de la capacité d’accueil nécessaire et du coût d’exploitation futur. Rénover peut préserver un patrimoine et limiter la démolition ; reconstruire peut mieux répondre aux exigences actuelles de sécurité, d’accessibilité, de performance énergétique et de diversité des usages. Une étude technique et financière sur le cycle de vie est indispensable.