Piscines publiques & Territoires
À Göteborg, le pari d’une piscine publique en bois et brique recyclée
Le cabinet Henning Larsen a remporté le concours de la future piscine de Göteborg avec un projet associant bois et briques recyclées. Au-delà de l’image scandinave, cette proposition pose une question décisive : comment bâtir un centre aquatique sobre sans sacrifier la durabilité, l’hygiène ni le confort des usagers ?
L’essentiel
- Le concours remporté par Henning Larsen à Göteborg met en avant une piscine publique associant bois et briques recyclées, selon la présentation du projet.
- Dans un centre aquatique, le bois doit être protégé de la condensation par une enveloppe étanche et une déshumidification maîtrisée.
- Le réemploi des briques réduit l’usage de matière neuve, mais impose tri, contrôles et définition précise de leur rôle dans l’ouvrage.
- Pour une collectivité, le vrai bilan durable se joue autant dans le chauffage, la ventilation et la maintenance que dans les matériaux visibles.
À Göteborg, un concours qui place les matériaux au premier plan
À Göteborg, le cabinet d’architecture Henning Larsen a remporté le concours portant sur une nouvelle piscine publique. La proposition mise sur une association de bois et de briques recyclées, avec l’ambition de faire du bâtiment un équipement sportif mais aussi un lieu de vie ouvert à plusieurs publics.
La présentation initiale du projet évoque un programme multifonctionnel, avec un bassin principal destiné à la compétition, des espaces ludiques pour les enfants et des zones de détente. Elle mentionne également le recours à des solutions de chauffage renouvelable et de récupération d’eau. Ni le calendrier de réalisation, ni le budget, ni le détail des installations techniques ne figurent toutefois dans les informations disponibles : il faut donc lire cette annonce comme le résultat d’un concours architectural, et non comme la description définitive d’un équipement livré.
Le projet mérite néanmoins l’attention des collectivités françaises. Il illustre une évolution de fond : un centre aquatique ne se juge plus seulement à son nombre de lignes d’eau ou à l’allure de sa façade. Son bilan dépend désormais de l’énergie nécessaire pour chauffer l’eau et l’air, de la résistance des matériaux à une atmosphère humide et chlorée, de la facilité de maintenance, ainsi que de sa capacité à accueillir durablement nageurs, scolaires, clubs et familles.
Ce que révèle le projet de Göteborg
Employer du bois et de la brique de réemploi dans une piscine publique ne consiste pas à « verdir » la décoration. Ces matériaux obligent à concevoir dès l’origine l’enveloppe du bâtiment, la ventilation, les détails anticondensation et le futur entretien.
Bois et brique recyclée : deux matériaux, deux rôles à clarifier
Dans l’imaginaire collectif, une piscine en bois pourrait sembler incompatible avec l’eau. En réalité, le bois peut parfaitement constituer une charpente ou un élément de façade dans un centre aquatique. Mais il ne doit pas être confondu avec un matériau destiné à rester au contact permanent de l’eau de bassin. Sa réussite dépend d’abord de sa place dans le bâtiment et de la maîtrise de l’humidité intérieure.
Les briques recyclées, souvent appelées briques de réemploi, proviennent quant à elles de bâtiments démontés avec soin, puis triés et contrôlés avant une nouvelle utilisation. Elles peuvent conserver une valeur structurelle si les essais et le projet le permettent ; elles servent plus fréquemment de parement, de remplissage ou de cloisonnerie. Leur intérêt environnemental tient à l’évitement d’une partie de l’extraction et de la fabrication de matériaux neufs, à condition que les transports et les opérations de remise en état restent cohérents.
| Matériau ou composant | Atout recherché | Condition de réussite en piscine | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Charpente en bois | Matériau renouvelable, préfabrication possible, ambiance chaleureuse | Bois tenu à l’écart des zones de condensation et détails constructifs ventilés | Humidité durable, infiltrations et corrosion des assemblages métalliques |
| Brique de réemploi | Réduction des matériaux neufs et caractère architectural | Tri, contrôle de l’état, nettoyage et rôle précis dans l’ouvrage | Variabilité des formats, des résistances et disponibilité des lots |
| Fixations métalliques | Assemblages fiables et démontables selon les cas | Choix d’alliages et de protections adaptés à l’atmosphère du hall | Corrosion accélérée par l’air chaud, humide et chargé en chloramines |
| Vitrages et menuiseries | Lumière naturelle et relation avec l’extérieur | Rupture des ponts thermiques et traitement des condensats | Parois froides, ruissellement et surchauffe en période ensoleillée |
Dans une piscine, le vrai défi est l’air chaud et humide
Le bassin n’est qu’une partie de l’équation. Dans un hall aquatique, l’air est chaud, très humide et peut contenir des composés irritants issus de la désinfection, notamment lorsque l’eau est brassée par les baigneurs. Cette ambiance accélère le vieillissement de nombreux matériaux et rend les défauts d’étanchéité particulièrement pénalisants.
Le danger principal pour une structure en bois n’est pas une éclaboussure ponctuelle : c’est la condensation invisible ou répétée dans une paroi, au droit d’une fixation, d’un raccord de toiture ou d’un pont thermique. Lorsque de l’air intérieur chaud rencontre une surface trop froide, l’eau se dépose. Si ce phénomène persiste dans une zone non accessible, il peut dégrader l’isolant, le bois, les fixations et les finitions avant même que les usagers ne constatent une trace visible.
Le piège : une belle charpente ne suffit pas
Une structure bois réussie exige une étude hygrothermique, une enveloppe d’air étanche, une ventilation-déshumidification dimensionnée et des points de contrôle accessibles. Sans ces quatre éléments, le gain environnemental espéré peut se transformer en chantier de réparation précoce.
La brique recyclée appelle une même discipline, pour d’autres raisons. Il faut connaître sa provenance, son état, les résidus de mortier qui peuvent être retirés, son comportement face au gel si elle est placée dehors, et sa compatibilité avec le mortier retenu. Le réemploi ne signifie pas l’absence de contrôle : il remplace une chaîne industrielle standardisée par un travail de diagnostic et de traçabilité plus exigeant.
Un bilan durable se gagne sur tout le cycle de vie
Le choix de matériaux à faible impact initial est une étape utile, mais il ne résume pas la performance d’une piscine. Un équipement aquatique consomme de l’énergie pour réchauffer l’eau, traiter l’air, renouveler l’air neuf, éclairer les espaces, faire circuler et filtrer l’eau. Pour une collectivité, le coût et l’empreinte de fonctionnement s’étalent ensuite sur plusieurs décennies.
Le projet de Göteborg, tel qu’il est présenté, associe sa matérialité à des intentions de chauffage renouvelable et de récupération d’eau. Dans tout centre aquatique, ces ambitions doivent être traduites en choix vérifiables : récupération de chaleur sur l’air extrait et les eaux de renouvellement, réduction des pertes par l’enveloppe, régulation fine des installations, couverture des bassins lorsqu’ils ne sont pas utilisés, et suivi des consommations par usage.
La récupération d’eau demande aussi de bien distinguer les circuits. Une eau issue d’un procédé technique peut éventuellement être valorisée pour certains usages non liés au bassin, sous réserve des règles sanitaires et locales applicables. Elle ne doit jamais devenir un prétexte pour relâcher les exigences d’hygiène : la qualité de l’eau de baignade et la protection des usagers priment.
Ce qu’une conception bas carbone peut apporter
- Moins de matières premières neuves grâce au réemploi et à une structure optimisée.
- Des matériaux apparents qui donnent une identité plus accueillante au centre aquatique.
- Une conception plus attentive à la démontabilité, à la réparabilité et à l’origine des produits.
- Un bâtiment plus sobre si l’enveloppe et les systèmes énergétiques sont pensés ensemble.
Ce qu’elle impose en retour
- Des études techniques plus précoces, notamment sur l’humidité et la corrosion.
- Une sélection rigoureuse des matériaux réemployés et des quantités réellement disponibles.
- Des détails constructifs plus soignés autour des jonctions, vitrages et fixations.
- Un budget d’exploitation suivi dans le temps, pas seulement un bilan carbone de chantier.
Faire d’une piscine un lieu public, pas seulement un bassin
La force du programme annoncé à Göteborg tient aussi à sa dimension collective. Un bassin de compétition, un espace de jeux aquatiques et des lieux de détente ne répondent pas aux mêmes rythmes ni aux mêmes besoins. Les nageurs de club recherchent des créneaux fiables et des lignes dégagées ; les scolaires ont besoin de vestiaires et de circulations lisibles ; les familles attendent une surveillance claire, une eau adaptée et des espaces où patienter sans gêner les activités sportives.
Cette mixité est souvent l’un des points les plus difficiles à résoudre dans un centre aquatique. Elle suppose de séparer les flux humides et secs, les entrées scolaires et grand public lorsque cela est nécessaire, les zones calmes et les espaces animés. Elle réclame également une bonne acoustique : les grands volumes vitrés et les matériaux durs peuvent vite amplifier les cris, les sifflets et le bruit de l’eau.
Une architecture généreuse ne remplace donc pas un programme de fonctionnement. Dès le concours, une collectivité gagne à exiger des scénarios concrets : qui utilise quel espace à quelle heure, combien d’agents sont nécessaires, comment se fait la surveillance, quels locaux restent ouverts pendant une compétition, et comment le bâtiment peut évoluer sans travaux lourds.
Les cinq vérifications à exiger avant de valider un projet
Le cas de Göteborg rappelle qu’un projet séduisant doit ensuite passer l’épreuve de l’exploitation. Pour comparer plusieurs propositions ou préparer une rénovation ambitieuse, les élus et maîtres d’ouvrage peuvent suivre une méthode simple.
- Définir les usages avant les volumes. Lister les besoins des écoles, clubs, familles, personnes à mobilité réduite, compétitions et activités de bien-être afin de calibrer les bassins, vestiaires, gradins et circulations.
- Évaluer l’énergie comme un système complet. Examiner ensemble la température de l’eau, le chauffage de l’air, la déshumidification, le renouvellement d’air, l’isolation, l’éclairage et les récupérations de chaleur envisagées.
- Tester les matériaux sensibles. Demander des échantillons, des prototypes ou des retours d’expérience documentés pour le bois, les briques de réemploi, les joints, les fixations et les finitions exposées.
- Chiffrer le coût global, pas seulement les travaux. Mettre en regard investissement, entretien préventif, disponibilité des pièces, consommation énergétique, besoins en personnel et durée de vie prévisible des composants.
- Préparer l’exploitation avant l’ouverture. Prévoir le plan de maintenance, l’accès aux réseaux techniques, la formation des équipes, les procédures de surveillance et les indicateurs de consommation dès la phase de conception.
Le bon critère de décision
Un matériau durable est d’abord un matériau qui reste sain, inspectable, réparable et adapté à son exposition réelle. Dans une piscine, la durée de service et la simplicité d’entretien comptent autant que l’empreinte carbone de sa fabrication.
Ce que les collectivités françaises peuvent retenir
La leçon transposable en France n’est pas de copier une esthétique nordique, mais de relier architecture et exploitation. Bois, brique réemployée, grandes surfaces vitrées ou matériaux minéraux peuvent tous avoir leur place, à condition que le projet soit compatible avec le climat local, les filières d’approvisionnement, les compétences de maintenance et le programme aquatique réel.
Il faut aussi éviter de confondre les cadres réglementaires. Les dispositifs de sécurité normalisés NF P90-306 à NF P90-309 — barrière, alarme, couverture et abri — concernent les piscines privées non closes à usage individuel ou familial relevant de l’article L.134-1 du code de la construction et de l’habitation. Ils ne constituent pas le cadre de conception d’un établissement aquatique ouvert au public.
Piscine publique : un cadre spécifique
Un centre aquatique français doit être conçu et exploité comme un établissement recevant du public, avec des obligations propres en matière de sécurité incendie, d’accessibilité, de surveillance et de contrôle sanitaire. La réglementation d’une piscine privée ne peut pas être transposée à un équipement municipal.
Pour les territoires, l’enjeu est donc de faire de l’architecture durable une discipline d’exploitation : une façade peut afficher le réemploi, mais c’est la qualité de l’air, la sobriété des installations et la robustesse des détails qui détermineront, année après année, la réussite du bâtiment. C’est à cette condition qu’une piscine comme celle imaginée à Göteborg peut devenir un modèle utile plutôt qu’une simple image de concours.
Questions fréquentes
Peut-on vraiment construire une piscine publique avec une structure en bois ?
Oui, à condition que le bois soit employé dans une conception adaptée à l’atmosphère d’un hall aquatique. Il doit être protégé des condensations durables, les assemblages doivent résister à la corrosion et la ventilation-déshumidification doit être correctement dimensionnée. Le bois ne dispense jamais d’une enveloppe étanche, d’inspections accessibles et d’une maintenance suivie.
Les briques recyclées sont-elles assez fiables pour un centre aquatique ?
Elles peuvent l’être, mais leur emploi doit être défini au cas par cas. Chaque lot doit être trié, nettoyé et contrôlé ; son usage structurel ou décoratif ne présente pas les mêmes exigences. Dans une piscine, il faut aussi tenir compte de l’humidité, des sels, du gel en façade extérieure et de la compatibilité avec les mortiers et systèmes de fixation.
Une piscine durable coûte-t-elle moins cher à exploiter ?
Pas automatiquement. Les matériaux de réemploi ou une charpente bois peuvent réduire une partie de l’impact de construction, mais la dépense d’exploitation dépend surtout du chauffage de l’eau, de la ventilation, de la déshumidification, de l’enveloppe du bâtiment et de la qualité du pilotage technique. Le bon arbitrage se fait sur le coût global de plusieurs décennies.
Le projet de piscine de Göteborg est-il déjà ouvert au public ?
Les informations disponibles indiquent que Henning Larsen a remporté un concours architectural pour le projet. Elles décrivent les intentions de programme et les matériaux envisagés, mais ne donnent pas de date d’ouverture, de budget ni de calendrier de chantier. Ces éléments devront être confirmés au fur et à mesure des étapes de réalisation du projet.
Questions fréquentes
Peut-on vraiment construire une piscine publique avec une structure en bois ?
Oui, à condition que le bois soit employé dans une conception adaptée à l’atmosphère d’un hall aquatique. Il doit être protégé des condensations durables, les assemblages doivent résister à la corrosion et la ventilation-déshumidification doit être correctement dimensionnée. Le bois ne dispense jamais d’une enveloppe étanche, d’inspections accessibles et d’une maintenance suivie.
Les briques recyclées sont-elles assez fiables pour un centre aquatique ?
Elles peuvent l’être, mais leur emploi doit être défini au cas par cas. Chaque lot doit être trié, nettoyé et contrôlé ; son usage structurel ou décoratif ne présente pas les mêmes exigences. Dans une piscine, il faut aussi tenir compte de l’humidité, des sels, du gel en façade extérieure et de la compatibilité avec les mortiers et systèmes de fixation.
Une piscine durable coûte-t-elle moins cher à exploiter ?
Pas automatiquement. Les matériaux de réemploi ou une charpente bois peuvent réduire une partie de l’impact de construction, mais la dépense d’exploitation dépend surtout du chauffage de l’eau, de la ventilation, de la déshumidification, de l’enveloppe du bâtiment et de la qualité du pilotage technique. Le bon arbitrage se fait sur le coût global de plusieurs décennies.
Le projet de piscine de Göteborg est-il déjà ouvert au public ?
Les informations disponibles indiquent que Henning Larsen a remporté un concours architectural pour le projet. Elles décrivent les intentions de programme et les matériaux envisagés, mais ne donnent pas de date d’ouverture, de budget ni de calendrier de chantier. Ces éléments devront être confirmés au fur et à mesure des étapes de réalisation du projet.